
PLOMB
Publié le 25 Juin 2025

Le dernier rapport de l’ANSES sur la qualité de l’air intérieur soulève une question trop peu débattue : que respire-t-on vraiment dans les bâtiments anciens occupés au quotidien par des agents techniques, des personnels d’entretien ou des enseignants ? Hors de tout chantier ou phase de réhabilitation, les matériaux anciens libèrent silencieusement des substances dangereuses. Cette exposition passive, mais répétée reste largement sous-estimée.
Loin des zones confinées des chantiers, les fibres d’amiante peuvent donc se retrouver en suspension dans des salles en usage courant. Dalles de sol, conduits calorifugés, panneaux de cloisonnement… la vétusté suffit à relâcher les particules, même sans intervention mécanique. Dans un local technique, une pièce de rangement ou un sous-sol, une simple vibration ou un courant d’air peut remettre en mouvement ces fibres invisibles. Les diagnostics amiante en place, souvent datés ou partiels, ne suffisent cependant pas à évaluer les risques réels liés à cette exposition chronique.
Le plomb contenu dans certaines peintures anciennes persiste dans les établissements construits avant les années 1950. Lorsqu’il n’est pas encapsulé, il se dégrade avec le temps. Peintures écaillées dans une cage d’escalier, flocages friables en fond de cour… autant de sources potentielles de contamination par contact ou inhalation. Ces zones, peu fréquentées, mais pas inaccessibles, échappent aux contrôles systématiques. Pourtant, le personnel y intervient régulièrement, sans protection particulière.
Les poussières accumulées dans les espaces clos des bâtiments anciens posent un autre problème : elles concentrent des résidus issus de matériaux dégradés. En se déposant sur les gaines de ventilation, les plinthes ou les armoires techniques, elles deviennent le support de polluants variés, y compris les métaux lourds. Chaque déplacement ou nettoyage peut en remettre en suspension, exposant alors les occupants à une pollution insidieuse mais régulière.
L’étude appelle à élargir le champ des diagnostics, au-delà des seules situations de transaction ou de travaux. Elle souligne la nécessité de surveiller les bâtiments anciens en usage courant. Notamment ceux accueillant du personnel ou du public. Cette vigilance passe donc par un repérage actualisé des matériaux à risque, une surveillance des poussières et un protocole d’entretien adapté. Car dans un environnement clos, l’absence d’intervention ne signifie pas l’absence de danger.